
Que se passe-t-il quand on se sert, nus, dans les bras ?
Ils sont des amis et des amours, des inconnus mais pas pour longtemps, des toi-ici ?, des passe-moi-de-la-crème, des je-te-raccompagne, et souvent tout ça à la fois ou à la suite. Ils sont des ils, des elles, des iels. Peu importe : les garçons du Levant ne sont pas en représentation.
S’ils jouent, parfois, avec l’objectif, s’ils acceptent de tenir la pose une seconde, ils ne se mettent pas en scène. Ne choisissent pas leur profil, ne se recoiffent pas, ne s’habillent pas pour l’occasion. On ne s’habille pas pour rien ici, certainement pas pour une photo. Pour eux, l’île est un terrain de jeu et d’expérimentation de la liberté, une vibration tellurique, une énergie insulaire.
Face à cet abandon désintéressé que seule la nudité totale et partagée permet, je dois trouver un nouvel angle de vue. Oublier les corps queer que j’aime d’habitude photographier dans leur exubérance et leur parasitage du genre pour me rendre à l’évidence, simple, nue, de la sensibilité masculine. Ce regard photographique que je développe au Levant est à l’image des garçons, dans cette contradiction façonnée par l’œil complice et non voyeur que j’essaye de poser sur eux, avec eux, en tant que naturiste à leurs côtés : à la fois frontal et pudique.
Avec mon mju II, je flashe les nuits blanches et les perditions ; avec mon Z5 les corps alanguis et la mer assoupie. Mais Kodak Gold ou capteur numérique portent la même ambition : retranscrire les frontières qui tombent avec les inhibitions et les amitiés particulières, dessiner la carte d’une « capitale de la douceur » (Sophie Fontanel, éd. Seghers, 2021) sur l’un des cailloux les plus arides de la Méditerranée.
Durant quatre étés successifs, je photographie mes garçons du Levant sans attente, guidé seulement par l’ambition de poser un œil désexualisé mais assumé sur leur nudité et leur affection. Je composerai ensuite, sur le continent, avec les complexes, les hontes et les craintes que tous avaient pourtant feint d’oublier, pour les convaincre de rendre publique cette monographie de la tendresse masculine. C’est chose faite.
En 2022, je publie un premier livret auto-édité et numéroté en 150 exemplaires. Puis, quelques mois plus tard, suit une seconde édition de 100.
En 2023, les garçons du Levant tapent dans l’oeil de l’agent Nicolas Huet Greub qui propose de construire ensemble un livre via sa maison d’édition 37.2, sorti en septembre 2024. Après un premier tirage de 300 exemplaires, un second lot de 150 est imprimé deux mois plus tard.
Il a depuis été l’objet de plusieurs évènements, dont une rencontre-signature à la librairie Acte Sud des Rencontres photographiques d’Arles, un lancement à Marseille (L’Hydre aux mille têtes) et Paris (Galerie Miranda), et plusieurs happenings au Levant.
Une première exposition s’est tenue en septembre et octobre 2024 à la galerie de l’Hydre aux mille têtes, à Marseille.
L’association culturelle levantine Nu2 m’a par ailleurs commandé une nouvelle série, shootée durant l’été 2024, pour exposer sur l’île à l’occasion des 10 ans de l’association en août 2026, élargissant le nombre d’images et le regard proposé sur l’île.













































